Chirurgie du Pancréas

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Chirurgie du cancer du pancréas

 

Epidémiologie :

L’adénocarcinome du pancréas  représente 90% des tumeurs du pancréas, avec une incidence de 13.000 nouveaux cas /an en 2017, qui a doublé chez les hommes et triplé chez les femmes entre 1982 et 2012. Le pronostic s’ est amélioré et on peut obtenir des survies de 50 % à 5 ans en cas de chimiothérapie  + chirurgie.

 

Les facteurs de risque sont le tabac +, l’ obésité, le diabète, et des facteurs environnementaux (Cadmium ?). La génétique joue un rôle avec un risque augmenté en cas de cancer dans la famille, tout comme les syndromes de prédisposition héréditaires : BRCA1, BRCA2, Peutz-Jeghers, Sd de Lynch (hMLH1). Certaines lésions pancréatiques peuvent favoriser l’apparition d’ une adénocarcinome : TIPMP (tumeur intracanalaire papillaire et mucineuse du pancréas), cystadénome mucineux.

 

Anatomie :

Le pancréas est un organe situé dans la partie centrale et postérieure de l’abdomen, assurant des fonctions de digestion et de régulation du métabolisme du sucre. La bile et les secrétions pancréatiques sont déversées dans le duodénum qui est « collé » à la tête du pancréas. La queue du pancréas est située à gauche, au contact de la rate.


Signes évocateurs :

Le cancer de la tête du pancréas (70%-80%) se manifeste plus précocement que celui du corps ou de la queue du pancréas (20%-30%).  Fatigue, anorexie, douleur et amaigrissement ne sont pas spécifiques. L’ictère ou « jaunisse » est un signe parfois précoce quand il est causé par une tumeur de la tête obstruant le canal cholédoque. L’apparition d’un diabète ou l’aggravation d’un diabète ancien, comme une pancréatite ou une phlébite doivent alerter.

 

Les examens :

Le scanner abdomino-pelvien et thoracique avec injection est l’examen de référence :

Il permet de préciser la taille de la tumeur, son aspect avant et après injection, sa localisation, ses rapports aux vaisseaux, la dilatation des canaux d’amont ou d’éventuelles métastases hépatiques ou pulmonaires.  L’ IRM hépatique est un peu plus précise pour détecter les petites métastases hépatiques et le Pet Scanner (TEP FDG) ne fait pas partie du bilan systématique

L’echoendoscopie est un fibroscope avec une sonde d’échographie qui se place en regard de la tumeur, permettant de la visualiser et de réaliser des biopsies.


En cas d’ictère ou « jaunisse », il faut souvent réaliser une CPRE  avec pose de prothèse  biliaire par voie endoscopique. Ce geste permet de libérer la bile qui peut s’écouler dans le duodénum et faire disparaitre l’ictère.

Après cette dérivation interne, le bilan biologique hépatique s’améliore et peut alors  être réalisé le dosage du marqueurs tumoral CA 19-9 qui n’est pas toujours élevé et un bilan nutritionnel (albumine-pré albuminémie)

 

Décision :

Une fois le bilan terminé, le dossier du patient sera discuté en Réunion de Concertation Pluridisciplinaire avec de nombreux intervenants : chirurgiens, cancérologues, gastro entérologues, radiologues… :

 

  1. En cas de petite tumeur, localisée sans métastases, à distance des vaisseaux une chirurgie première peut être proposée
  2. En cas de tumeur localisée sans métastases, adhérente aux vaisseaux (border line), ou  CA 19-9 élevés, ou dénutrition sévère, une chimiothérapie sera proposée avant la chirurgie
  3. En cas de tumeur localisée sans métastases, mais très évoluée (localement avancée) une chimiothérapie +/- radiothérapie sera proposée et la chirurgie ne pourra être faite que dans 15 %
  4. En cas de tumeur avec métastases, la chimiothérapie seule sera proposée

 

la chirurgie

1. Si la tumeur est à droite, sur la tête du pancréas - La duodéno pancréatectomie céphalique (DPC) consiste donc à enlever la tête du pancréas, le duodénum, la voie biliaire et une partie de l’estomac en « monobloc », avec les ganglions pour traiter les tumeurs de la région. L’opération se déroule sous anesthésie générale et dure en moyenne 6 h. Elle est réalisée par laparotomie, c’est à dire une grande cicatrice.

L’opération se déroule en deux temps :

La première partie consiste à retirer la tumeur et donc la totalité du duodénum, une partie de l’estomac, de la voie biliaire, la vésicule biliaire et tous les ganglions de voisinage

La deuxième partie consiste à rétablir la communication entre les différents organes à l’aide de sutures, appelées anastomoses. Il y a trois anastomoses à réaliser une fois la pièce opératoire retirée: raccordement entre le pancréas et l’intestin grêle (1), entre la voie biliaire et l’intestin grêle (2) puis entre l’estomac et l’intestin grêle (3).

Habituellement, un drainage est mis au contact des 3 anastomoses et extériorisé à la peau. Le but du drainage est de collecter les sécrétions pancréatiques afin de protéger les sutures et permettre leur cicatrisation. Une sonde urinaire est placée au bloc opératoire afin de recueillir les urines et mesurer leur volume (contrôle du fonctionnement des reins).

2. Si la tumeur est à gauche sur le corps ou la queue du pancréas - La spléno pancréatectomie gauche (SPG) consiste donc à enlever le corps et la queue  du pancréas et la rate avec les ganglions en « monobloc ». L’opération se déroule sous anesthésie générale et dure en moyenne 3 h. Elle est réalisée par coelioscopie, à l’aide d’une caméra et de petites cicatrices. Habituellement, un drainage est mis au contact de la tranche pancréatique et extériorisé à la peau

Après l’opération,  le patient ira en unité de surveillance continue ou réanimation pour une période de 2 à 5 jours selon les antécédents et les suites initiales. Ensuite, il sera hospitalisé en unité d’hospitalisation conventionnelle de chirurgie. Les drainages sont tirés progressivement à partir du 7ème jour après la réalisation d’un scanner abdominal. L’hospitalisation dure entre 15 et 21 jours, selon l’apparition ou non de fistule

Complications :

La fistule pancréatique ou fuite de liquide pancréatique dans l’abdomen est la complication la plus fréquente (15-30% des cas). Le drainage mis en place permet de la détecter et de la traiter au plus tôt. Cette complication est traitée le plus souvent en interrompant l’alimentation orale et grâce à l’usage de médicaments anti-sécrétoires. Le plus souvent, cette complication est traitée sans réintervention chirurgicale. Une hémorragie peut survenir, détectée également par le drainage. Elle est le plus souvent la conséquence d’une fistule pancréatique qui érode une artère. Son traitement réside dans l’obturation du/des vaisseaux par voie radiologique (exceptionnellement par voie chirurgicale). La gastroparésie est une complication fréquente (15%). En enlevant une partie de l’estomac, celui-ci se vidange moins bien entraînant une sensation de ballonnement. Elle est traitée par des médicaments qui accélèrent le transit. Les fistules biliaire et gastrique sont rares.

 

A la sortie, vous aurez une supplémentation d’extraits pancréatiques à prendre au milieu des repas et à vie, un traitement anticoagulant préventif pour au moins un mois et en cas de splénectomie, un traitement antibiotique pour 3 ans ainsi que des vaccinations. En cas d’apparition de diabète, l’équipe d’endocrinologie pourra instituer un traitement

 

Votre dossier sera discuté à nouveau en Réunion de Concertation Pluridisciplinaire dès réception des résultats de la pièce anatomopathologique (3 semaines après la chirurgie).

 

CONSULTATION DE CHIRURGIE ET NUTRITION

  • Le chirurgien vous explique les grands principes de la chirurgie duodéno pancréatectomie céphalique ou spléno pancréatectomie gauche: l’indication opératoire, la technique opératoire, la voie d’abord (laparotomie ou coelioscopie), le mode d’hospitalisation, ainsi que les risques post opératoires et les risques à ne pas se faire opérer.
  • Une consultation avec un diététicien sera programmée afin d’évaluer votre état nutritionnel et juger de la nécessité de compléments alimentaires ORAL IMPACT ou d’une nutrition entérale (à l’aide d’une sonde passant par le nez). L’objectif est d’optimiser votre état général et diminuer les complications post-opératoires. Vous pourrez bénéficier d’un programme de réhabilitation à l’ hôpital Richaud avec prise en charge nutritionnelle, physique, psychologique
  • Il est recommandé de faire du sport et de traiter efficacement la douleur

CONSULTATION D’ANESTHESIE

  • L’anesthésiste vous interroge pour connaître vos antécédents, vos habitudes et vos médicaments.
  • Il vous explique le principe de l’anesthésie générale et ses risques propres
  • Et vous précise comment interrompre ou relayer vos médicaments en péri opératoire, en particulier en cas de prise d’anticoagulants
  • Vous êtes accueillis dans le service de chirurgie LA VIEILLE OU LE JOUR de l’intervention au 6ème étage (unité UMC1)
  • Enlevez votre vernis à ongle, votre maquillage, vos bijoux et vos piercings. Les lunettes, lentilles de contact et appareils dentaires ou auditifs sont retirés Pas de rasage, ni de dépilation
  • Vous devez être à jeûn, c’est-à-dire ne pas manger et ne pas fumer 6 h avant la chirurgie.
  • EVITEZ d’amener des objets de valeur
  • A LA MAISON

  • Vous pouvez manger normalement, sans régime particulier.  Votre alimentation pourra être enrichie par des compléments nutritionnels (rarement par une sonde de nutrition entérale).
  • Une infirmière devra venir pour les soins de pansement et les anticoagulants.
  • Il est recommandé d’avoir une activité physique régulière, mais pas d’activité sportive ou de port de charge lourde (sacs de courses, packs d’eau …) pendant 1 mois.
  • Restez dans la région parisienne pendant un mois sans voyager au-delà.

 

EVOLUTION HABITUELLE ET COMPLICATIONS TARDIVES

La DPC et la Spléno pancréatectomie gauche sont des interventions lourdes, marquées par une fatigue post-opératoire pouvant aller jusqu’à 2 mois après la chirurgie. Le plus souvent, vous retrouverez votre état général antérieur au bout de 4  mois. La diarrhée est une complication fréquente de la DPC, dûe à une insuffisance de production du pancréas restant et/ou à la résection des structures nerveuses proches du pancréas. Elle se traite par la prise d’extraits pancréatiques et/ou de médicaments anti-diarrhéiques. Le diabète est une complication plutôt rare de la DPC et de la SPG (5-15% à 5 ans). Son traitement peut nécessiter la prise d’insuline.

 

SIGNES DE GRAVITE :saignement par ancien orifice de lame, douleur très violente, vomissements, fièvre > 38°5, malaise appelez le SAMU et venez aux  urgences de l’hôpital Mignot

NOUS CONTACTER EN URGENCE

  • En semaine, il y a des consultations tous les jours de 9h à 17H avec un chirurgien au 1er étage : appelez le 01 39 63 88 51 ou venez spontanément
  • La nuit ou le WE,  rendez vous aux urgences après avoir appelé l’interne de garde au 01 39 63 92 80 ou Centre 15

 

La chirurgie pancréatique au CHV

 

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